Je les ai suivis par colère, ils ont fait demi-tour pour me traquer
Je vais vous raconter une histoire qui s’est déroulée lorsque j’avais seize ans.
À cette époque, je sortais avec une fille, et presque chaque soir, je la rejoignais chez elle avant de rentrer dormir chez moi. Pour rentrer, je devais emprunter une voie verte : près de deux kilomètres parfaitement droits, à vélo. Une longue bande de bitume coupée du monde, réservée aux piétons et aux cyclistes, entourée uniquement de verdure et de forêt. Aucun éclairage. Aucune maison. Aucun bruit. La nuit y était totale, épaisse, presque oppressante.
Un soir, il était environ 1h lorsque je m’y engageai. Le silence était absolu. Puis, au loin, j’entendis le grondement d’un scooter. Instinctivement, je me dis que j’allais le laisser passer. Mais au moment où il arriva à ma hauteur, il s’arrêta net.
Ils étaient trois sur le scooter. Des adultes, autour de vingt-cinq ans. Des corps massifs, des silhouettes sûres d’elles. Ils se sont arrêtés juste à côté de moi et ont commencé à m’insulter. Sans raison. Sans me connaître. Ma première réaction fut la stupeur. J’étais figé, incapable de comprendre d’où pouvait venir une haine aussi violente, aussi gratuite.
Les insultes ont duré longtemps. Une minute peut-être, mais dans ces moments-là, le temps se dilate. J’étais immobile, comme paralysé, encaissant chaque mot. Ils insultaient ma personne, ma famille, riaient de moi. Puis ils sont repartis.
Et c’est là que la colère m’a saisi. Une colère brute, incontrôlable. Comment pouvaient-ils me parler ainsi, me réduire à rien, sans aucune conséquence ? Dans un élan absurde, presque suicidaire, j’ai décidé de les suivre. De changer d’itinéraire. D’aller à l’opposé de ma destination, simplement pour ne pas rester avec ce sentiment d’humiliation.
Je les ai suivis sur une cinquantaine de mètres. Puis la lucidité est revenue. Brutalement. La peur m’a rattrapé d’un coup. J’ai fait demi-tour et j’ai décidé de rentrer chez moi. Calmement. Du moins, je l’espérais.
Je pédalais lorsque j’ai entendu derrière moi le bruit d’un scooter. Il se rapprochait. Mon cœur s’est serré. Tout à l’heure, ils n’allaient pas dans cette direction. Faire demi-tour sur cette longue ligne droite ne pouvait vouloir dire qu’une chose : c’était pour moi.
La nuit était noire. Aucune lumière. J’étais en vélo, eux en scooter. J’ai appuyé de toutes mes forces sur les pédales, tentant l’impossible. Mais un scooter rattrape toujours un vélo. Plus j’avançais, plus ils se rapprochaient. Plus je sentais que la lumière de leur phare allait m’engloutir.
Au moment précis où je me suis dit qu’ils allaient me voir, j’ai compris que je n’avais plus qu’une seule option : sauter.
Sur le côté, un immense fossé. Je ne connaissais ni sa profondeur, ni ce qui m’attendait en bas. J’ai sauté.
La chute fut violente. Environ six mètres. Heureusement, mon vélo a amorti une partie du choc, tout comme les plantes. Mais la douleur était là. J’avais mal au bras, mal à la jambe. J’avais envie de crier. De pleurer. Mais vingt secondes plus tard, le scooter est passé juste à côté de moi.
Ils ne m’avaient pas vu.
Pourtant, ils n’ont pas abandonné tout de suite. Ils faisaient des allers-retours. Ils me cherchaient. Je l’ai compris en entendant distinctement l’un d’eux dire : « On va le retrouver et le tuer ce connard. »
Tétanisé, retenant mon souffle, je suis resté immobile dans ce fossé pendant une heure et demie. Une éternité. Chaque bruit me faisait sursauter. Chaque minute semblait la dernière.
Puis, enfin, le silence est revenu. Ils avaient abandonné.
Ce n’est qu’à ce moment-là que je suis rentré chez moi. Morale de l’histoire : N’essayez jamais de suivre des gens, même sous l’effet de la colère. Car parfois, un simple élan d’énervement peut vous conduire bien plus près du danger que vous ne l’imaginez.
submitted by /u/blast___s_69
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